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Venir en aide au Nord

Venir en aide au Nord
La prévalence de l’insécurité alimentaire est disproportionnée dans le Nord du pays, le Nunavut ayant le taux le plus élevé. Selon des recherches récentes, 57 % des ménages du Nunavut n’ont pas les moyens de nourrir leur famille de façon adéquate.

Lisa Sommers, gestionnaire de l’approvisionnement alimentaire à Banques alimentaires Canada, a toujours voulu aider les personnes vivant dans l’insécurité alimentaire dans les régions éloignées. L’an dernier, elle a été en mesure de le faire et de constater par elle-même les défis auxquels font face les communautés nordiques. « Après avoir travaillé dans ce domaine pendant des mois, je comprends mieux la difficulté de fournir des aliments sains aux régions du Nord. Les coûts d’expédition sont tout simplement astronomiques. Faire livrer une palette de denrées par avion peut coûter des milliers de dollars. Dans le cadre de notre système national du partage des aliments, nous envoyons habituellement des denrées à toutes les banques alimentaires du Canada. Or, malheureusement, nous n’avions pas les ressources nécessaires pour en envoyer aux quatre banques alimentaires affiliées situées dans les territoires. »

Le manque de nutriments dans le régime alimentaire des gens est également préoccupant. Il est déchirant d’entendre dire que certaines personnes n’ont pas accès à suffisamment de protéines et de produits frais.

« L’une des enseignantes [des T.N.-O.] que j’ai rencontrées a vécu dans une communauté autochtone éloignée et m’a expliqué que son épicerie n’avait que deux rangées de produits. Il n’y a pas de viande congelée à vendre, ni de denrées ou de fruits et légumes frais. La plupart des produits sont des aliments transformés et tout est très cher. À titre d’exemple, une cannette de boisson gazeuse Coca-Cola coûte 6 $! Il y a très peu de variété », explique Lisa.

Il est impossible de sous-estimer les obstacles géographiques du Nord.

« Beaucoup de communautés ne sont accessibles que par avion. Dans les Territoires du Nord-Ouest, il y a quelques routes, mais aussi beaucoup de rivières et de lacs. Quand la rivière coule, on peut prendre le traversier, mais une fois qu’elle est gelée, il faut parfois attendre quelques mois avant que la glace soit assez solide pour y circuler en voiture. Les conditions météorologiques peuvent être horribles. Il est très difficile et incroyablement coûteux de prévoir des itinéraires pour le transport des marchandises. Cette réalité peut être difficile à gérer pour ceux d’entre nous dans le Sud qui sont habitués à un réseau de transport routier efficace et à une population dense, deux facteurs qui permettent de répartir les coûts et les gains d’efficience. »

Banques alimentaires Canada a toujours eu pour mandat d’être présent pour les Canadiens vivant dans l’insécurité alimentaire dans les régions éloignées, mais, comme tout organisme, il peine à trouver des moyens de transport abordables. Les fonds reçus dans le cadre du Programme de récupération d’aliments excédentaires ont permis de trouver une solution à ce problème de longue date.

« Le gouvernement a financé l’achat de denrées. Nous avons également reçu du financement pour le transport, ce qui nous a permis de dépasser les capacités de notre propre réseau. Nous avons pu livrer de la marchandise dans les 25 hameaux du Nunavut, qui sont situés très au nord. Nous n’avions jamais pu faire ça avant. » Lorsqu’on lui demande plus de détails, Lisa mentionne tout de suite la relation qu’elle a nouée avec Arctic Co-operatives Limited, une fédération de services qui appartient à 32 coopératives du Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon. « Nous avons profité de leurs tarifs de transport aérien, ce qui nous a permis d’épargner les dizaines de milliers de dollars qu’il nous aurait coûté de réserver les vols nous-mêmes. Par l’entremise des gérants de magasins coopératifs, j’ai également pu communiquer avec les communautés et les organismes alimentaires locaux dans tous les hameaux, afin de distribuer la viande. Si ce n’était de cette relation, nous n’aurions pu expédier des produits que dans cinq communautés. »

Ces fonds grandement nécessaires ont également permis d’élargir le service à d’autres banques alimentaires du Nord.

« Étonnamment, nous avons été en mesure de fournir de la nourriture à 90 banques alimentaires, organismes alimentaires et groupes autochtones, inuits et innus au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut, au Nunavik et au Nunatsiavut. »

Le confinement a non seulement exacerbé le besoin urgent en nourriture dans le Nord, mais il a également ajouté son lot de défis.

« Dans certaines communautés, les lignes directrices de la santé publique posaient des défis. À certains endroits, les gens ne pouvaient franchir un périmètre qu’avaient délimité les autorités par peur que le virus n’infecte leurs communautés (compte tenu du manque d’installations de soins de santé et des logements surpeuplés). On peut comprendre qu’ils craignaient de tomber malades et de transmettre la maladie à leurs proches ou de ne pas pouvoir s’isoler correctement. »

Malgré tous les défis, Lisa est contente d’avoir vécu cette expérience. Elle en a appris beaucoup sur les cultures, les langues, les problèmes liés à l’insécurité alimentaire, la géographie et, bien sûr, les défis logistiques des territoires. Elle espère pouvoir utiliser ces apprentissages pour continuer d’aider les Canadiens vivant avec l’insécurité alimentaire, surtout dans les régions nordiques et éloignées.

« Ce fut une expérience incroyable. Les relations et les partenariats établis dans le cadre de ce programme ont joué un rôle déterminant, en particulier le partenariat avec Arctic Co-operatives Limited. Je souhaite pouvoir continuer d’utiliser ces liens. Être en contact avec quelqu’un qui travaille déjà dans ces communautés et qui a obtenu leur respect facilite grandement la distribution, l’entreposage de produits et la communication avec les habitants locaux. C’est beaucoup plus simple que d’essayer de tout faire par nous-mêmes, d’autant plus que nous n’avions aucun bagage ou expérience dans ces régions. C’est ce qui a fait toute la différence. Les choses qui nous paraissent simples ici peuvent être des obstacles dans les régions nordiques. »

Lisa a également été inspirée par la bienveillance des communautés. « Les gens prennent grand soin les uns des autres. Je dirais même plus qu’ici. Beaucoup de communautés sont très isolées et vivent dans des conditions difficiles. Il y a peu ou pas d’infrastructures, ce que nous tenons pour acquis au sud du pays. Tout le monde se soucie vraiment des membres de sa communauté... C’était émouvant d’en être témoin. Les personnes vivant dans les régions nordiques et éloignées sont plus fortement secouées par les facteurs extérieurs, que ce soit l’insécurité alimentaire, les changements climatiques ou la COVID. Pour terminer, Lisa ne peut s’empêcher de mentionner les banques alimentaires et l’excellent travail qu’elles continuent de faire. « La volonté des gens d’améliorer les conditions de vie dans ces communautés, souvent de façon bénévole, malgré les nombreux autres défis à surmonter m’a beaucoup inspirée. »

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Faits saillants

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40 %

des aliments distribués par les banques alimentaires canadiennes sont des denrées fraîches (lait, œufs, fruits et légumes frais ou congelés, pain, etc.)