Accueil Lisez notre blog Février 2021 Le plaisir de donner et de recevoir dans les régions du Dehcho et du Sahtu

Le plaisir de donner et de recevoir dans les régions du Dehcho et du Sahtu

Le plaisir de donner et de recevoir dans les régions du Dehcho et du Sahtu
Republié pour Banques alimentaires Canada
Auteure : Angela Griffin, directrice de l’école primaire et secondaire Deh Gáh de Fort Providence, Territoires du Nord-Ouest
 
« Après une longue année de distanciation physique en raison de la pandémie de COVID-19, nous nous sommes réunis pour nourrir les familles à Noël. » – Angela Griffin
 
Enfant, je me souviens que ma mère préparait des paniers de Noël, où plutôt devrais-je dire des « caisses » de Noël. Elle me demandait de les laisser sur le pas de la porte de voisins pour qui les temps étaient difficiles, souvent en raison du chômage. J’avais pour consigne de quitter les lieux en douce pour que ce geste de générosité demeure anonyme. Ces boîtes contenaient de la viande congelée, des légumes en conserve, des céréales, du pain et des sucreries, ainsi que des cadeaux emballés et étiquetés pour les enfants. Nous n’étions pas riches, mais nous n’avons jamais manqué de nourriture ni de cadeaux à Noël. Mon père a toujours travaillé. Nous avons eu la chance d’avoir une bonne santé et de connaître la prospérité, et en avons fait notre devoir de partager cette bonne fortune avec des gens moins privilégiés, surtout à l’occasion des Fêtes.
 
Aujourd’hui, je suis directrice de l’école primaire et secondaire Deh Gáh de Fort Providence. Les traumatismes historiques et la pauvreté sont enracinés dans le patrimoine de cette communauté des Territoires du Nord-Ouest Des initiatives ont été mises en œuvre pour permettre aux jeunes de renverser la tendance de la courbe d’apprentissage qui prévaut dans les communautés autochtones du Nord du Canada. L’une des approches les plus efficaces pour améliorer les occasions d’apprentissage des enfants de cette région est de lutter contre l’insécurité alimentaire.
 
La pauvreté profondément enracinée est l’un des legs les plus importants de la colonisation européenne. Elle a exacerbé la détresse des Premières Nations et entraîné une prévalence de troubles de santé mentale pouvant être diagnostiqués (p. ex., toxicomanie, comportements suicidaires, etc.). Des recherches médicales et psychologiques approfondies ont démontré que la pauvreté avait des effets négatifs sur le bien-être physique, socioéconomique et cognitif des enfants. Les personnes en situation de pauvreté vivent aussi souvent dans des conditions de précarité sociale. 
 
Pour les communautés autochtones du Nord, les produits alimentaires frais et les sources de protéines de première qualité sont rares et coûteux. Le prix des aliments est très élevé, surtout dans les endroits uniquement accessibles par avion. Un régime déficient composé uniquement d’aliments transformés est néfaste pour la santé et le bien-être des habitants.
 
Les membres des communautés autochtones préfèrent chasser et pêcher pour subvenir à leurs besoins, mais en raison des changements climatiques, ils ne peuvent compter comme avant sur ses activités. Par conséquent, les besoins en sources de protéines de qualité et à prix abordable sont pressants dans ces régions.
 
En octobre 2020, Lisa Sommers, gestionnaire de l’approvisionnement alimentaire à Banques alimentaires Canada, m’a contactée par courriel. Elle a écrit que Banques alimentaires Canada était l’un des nombreux organismes ayant demandé et reçu une aide financière en vue de distribuer des produits protéinés surgelés excédentaires de grande qualité (viandes et poissons) aux communautés du Nord par l’entremise du Programme de récupération d’aliments excédentaires du gouvernement fédéral.
 
L’objectif était de jumeler et de distribuer des denrées qui pendant la pandémie seraient autrement gaspillées à des organismes de bienfaisance et à but non lucratif locaux partout au pays afin de nourrir les populations qui en ont le plus besoin.
 
Lisa tendait la main à des communautés qui, comme Fort Providence, faisaient face à de l’insécurité alimentaire. S’ils s’assuraient de les congeler convenablement, les bénéficiaires pouvaient conserver les produits pendant un an. Ces aliments devaient être livrés surgelés et conservés au congélateur jusqu’à leur utilisation. Lisa invitait les personnes intéressées à manifester leur intérêt à recevoir différents produits protéinés (limande à nageoires jaunes, filets de saumon de l’Atlantique, cuisses et pilons de poulet surgelés) avant midi le mercredi 7 octobre 2020.
 
Ces produits seraient livrés sur des palettes standards mesurant 40 po x 48 po et pesant environ 1 500 lb. Il serait possible de les empiler pour les entreposer, à condition qu’un chariot élévateur soit utilisé pour les charger et les décharger.
 
J’ai donc calculé la capacité d’entreposage des congélateurs de l’école et j’ai répondu à Lisa après les cours. J’ai expliqué que l’école Deh Gáh était une école de la maternelle à la 12e année et comptait 103 élèves. J’ai précisé que nous avions épuisé les réserves de nos réfrigérateurs, de nos congélateurs et de nos tablettes et armoires de cuisine pour nourrir la communauté pendant la pandémie de COVID-19. Nous avions quatre immenses congélateurs de 66 pieds cubes chacun qui étaient maintenant vides.
J’ai dit à Lisa que nous pouvions prendre autant de palettes qu’il serait possible. Je savais que la communauté consommerait tout ce poisson et ce poulet, peu importe la quantité. Fort Providence compte 900 habitants qui souvent ont besoin de viande abordable. Même s’ils adorent pêcher, la rivière serait bientôt gelée, ce qui rendrait la pratique de cette activité difficile. De plus, les changements climatiques nuisent à la chasse au bison et au caribou sur les terres traditionnelles. Avec l’arrivée des températures glaciales, l’entreposage de tout produit surgelé ne serait certes pas un problème.
 
J’ai assuré à Lisa que notre seule crainte était de ne pas être en mesure de satisfaire la demande et je l’ai remerciée de penser à nous.
 
Elle m’a dit que j’étais la première à répondre à son courriel et que Banques Alimentaires Canada serait heureux de remplir à nouveau nos congélateurs.
 
Le 27 octobre, Lisa m’a écrit pour me demander si je pouvais prendre 26 palettes au lieu des dix prévues. Elle m’a aussi demandé si d’autres organismes communautaires de Fort Providence aimeraient recevoir des denrées supplémentaires.
 
En raison du nombre accru de denrées mis à notre disposition, j’ai demandé à Lois Philipp, ancienne directrice de l’école Deh Gáh et propriétaire de Northern Loco, et à Linda Croft, bibliothécaire communautaire à Fort Providence, de me prêter main-forte. Lois et Linda dirigent le programme Meals on Wheels pour les aînés ainsi que l’organisme Friendship Centre Food Bank dans notre communauté.
 
Linda a envoyé un courriel à Lisa pour coordonner les dons en denrées remis à Fort Providence, et nous nous sommes portés volontaires pour distribuer des aliments aux communautés autochtones avoisinantes qui dépendent des ressources des terres pour subvenir à leurs besoins.
 
Linda lui a répondu que nous pouvions prendre en charge d’autres palettes et entreposer les aliments à l’extérieur des bâtiments ou dans des conteneurs maritimes pendant les mois hivernaux.
 
Grâce à Lois, nous avions à notre disposition un chariot élévateur et des ressources pour nous aider à décharger la viande. Linda nous a informés de la possibilité de prévoir un point de rendez-vous avec le camion de livraison afin de nous assurer de redistribuer immédiatement une partie des denrées. Nous pourrions ensuite entreposer le reste et le distribuer selon les besoins.
 
Le 10 novembre 2020, Lois a envoyé un courriel à Lisa pour l’informer que nous étions prêts à distribuer toutes les denrées qui nous seraient fournies dans notre communauté et celles des environs. Nous avons donc communiqué avec Ndilǫ, Dettah, la réserve de Hay River, Fort Resolution, Fort Liard, Kakisa, Wrigley et Jean Marie River pour leur offrir une palette ou deux en fonction de leur population. Lois a précisé à Lisa qu’il nous était possible de livrer les aliments à onze communautés où vivent approximativement 35 000 personnes, et lui a suggéré la répartition suivante :
  • Réserve de Hay River – 2 palettes
  • Fort Resolution – 2 palettes
  • Hay River – 2 palettes
  • Behchokǫ̀ – 3 palettes
  • Ndilǫ – 1 palette
  • Dettah – 1 palette
  • Fort Simpson – 2 palettes
  • Yellowknife – 4 palettes
  • Fort Liard – 2 palettes
  • Fort Smith – 2 palettes
  • Fort Providence – 6 palettes
Lois et Linda ont également offert de coordonner l’expédition, tandis que Greg Rowe de Rowe’s Construction a donné du temps et mobilisé les ressources de sa compagnie pour s’occuper de l’expédition pour nous.
 
Lisa nous est revenue la dernière semaine avant le congé des Fêtes pour confirmer que les denrées arriveraient à Fort Providence d’ici le 18 décembre. Lois et son équipe ont assuré la réception des produits et ont déballé et entreposé la viande dans un conteneur maritime à côté de l’auberge Snowshoe Inn de Fort Providence.
 
Le poulet a été distribué à la communauté dans la semaine du 19 au 26 décembre. Nous étions heureux de remettre ces boîtes de viande de qualité à des familles reconnaissantes. Les sourires étaient au rendez-vous. Nous avons été accueillis par des « Mahsicho! » et des « Joyeux Noël! ». C’était une merveilleuse façon de commencer les congés des Fêtes. « Après une longue année de distanciation physique en raison de la pandémie de COVID-19, nous nous sommes réunis pour nourrir les familles à Noël. » Nous avons distribué la viande aux quatre coins de la région du Dehcho à des bénéficiaires touchés par ce geste de générosité.
 
Le 17 décembre, Sandy MacPherson de Buffalo Airways m’a contactée parce qu’il avait entendu mon entrevue avec Cabin Radio et qu’il souhaitait offrir ses services pour la distribution de nourriture aux communautés les plus éloignées. La dernière semaine avant Noël, Lisa a travaillé sans relâche pour assurer la coordination avec Buffalo Airways et North-Wright Airways afin que le poulet soit distribué à Colville Lake, à Tulita et à Délįnę. J’ai communiqué avec mes anciens amis et collègues de la région du Sahtu pour qu’ils s’occupent de la réception dans leurs communautés. Georgina Oudzi, aide-enseignant, a accepté de recevoir et de distribuer le poulet à Colville Lake, et Karen Christiansen, enseignante, Soutien aux programmes à Tulita, ainsi que Danny Gaudet, ancien négociateur en chef pour l’autonomie gouvernementale de Déline et propriétaire d’une entreprise de machinerie lourde, ont fait de même pour leur communauté respective.
 
Grâce aux efforts combinés de quatre femmes – les trois « L » (Lisa, Lois et Linda) et Angela – ainsi qu’aux généreux dons de temps et de ressources de Sandy MacPherson de Buffalo Airways, de Greg Rowe de Rowe’s Construction, de Kyle Newhook de North-Wright Airways, de Georgina Oudzi à Colville Lake, de Karen Christiansen à Tuilta et de Danny Gaudet à Déline, les régions du Dehcho et du Sahtu ont eu l’occasion de se réjouir cette année pour Noël.
 
L’approvisionnement des communautés autochtones du Nord en produits protéinés de qualité change la donne à tous les égards. En tant que responsable de l’enseignement à Fort Providence, je suis persuadée que les dons de viande favoriseront l’apprentissage, le développement et la croissance de mes élèves. Cette initiative leur a aussi permis de passer de joyeuses Fêtes en famille.
 
Mahsicho, Lisa Sommers de Banques alimentaires Canada! Les régions du Dehcho et du Sahtu vous souhaitent de très joyeuses Fêtes!

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Faits saillants

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40 %

des aliments distribués par les banques alimentaires canadiennes sont des denrées fraîches (lait, œufs, fruits et légumes frais ou congelés, pain, etc.)